Romandie.com
 
Créer un blog | Noter ce blog | Signaler un abus
 
| Autre blog ? >>  

Thérapie Communautaire

Chapitre 1

  Thérapie communautaire
Pas à pas
Espace de parole, d’écoute, d’échanges et de liens





Chapitre 1
La thérapie communautaire systémique et intégrative : définitions, objectifs et présupposés théoriques


1.    Pourquoi  « thérapie communautaire » ?

Thérapie : est un mot d’origine grecque qui signifie accueillir, être chaleureux, servir, surveiller ; c’est pourquoi le thérapeute est celui qui s’occupe et prend soin des autres d’une manière chaleureuse.

Communauté : le mot “communauté” est constitué de l’assemblage de deux mots “commun” et “unité”, mais, qu’est-ce qui unit ces personnes et qu’ont-elles en commun ? Elles ont, entre autres, leurs souffrances, la recherche de solutions et la volonté de résoudre leurs difficultés.

Pourquoi systémique : selon le pensée systémique, les crises et les problèmes ne peuvent être compris et résolus que si nous les resituons dans leur contexte et dans un réseau complexe de relations. Nous sommes un tout dans lequel chaque partie influence l’autre et interfère avec elle.
Donc, si la souffrance provient du macrocontexte socio-économico-politique, les réponses doivent, de façon systémique, mobiliser l’ensemble des ressources propres à ce contexte.

Pourquoi intégrative : toutes les forces vives de la communauté doivent avoir un rôle actif et être intégrées comme savoir, multipliant les réseaux solidaires de la promotion de la santé et de la citoyenneté.
Dans ce sens, la culture est considérée comme une ressource et doit être reconnue, valorisée, mobilisée et articulée en complémentarité avec les autres connaissances. C’est seulement ainsi que nous pourrons associer et multiplier nos potentiels de croissance pour résoudre les problèmes sociaux.
1.1      La thérapie communautaire

C’est un espace communautaire où l’on cherche à partager les expériences de vie et les apprentissages d’une façon horizontale et circulaire. Chacun devient le thérapeute de lui-même, à partir de l’écoute des histoires de vie qui y sont relatées.

Tout le monde, dans une ambiance accueillante et chaleureuse, devient co-responsable dans la recherche de solutions et dans la résolution des défis du quotidien.

C’est un moment de transformation, de transmutation du chaos, de la souffrance. C’est un instant privilégié (kairos ) où chacun réorganise son discours et redonne un sens à sa souffrance, avec une autre lecture des éléments qui l’ont fait souffrir. C’est l’occasion de transformer la souffrance en croissance et les manques en compétences, ce qui fait de la thérapie communautaire un moment exceptionnel.
1.2      L’action thérapeutique de la communauté

Chaque étape de l’histoire universelle a été marquée par la découverte de nouvelles formes de lutte contre le refroidissement dû à l’expansion de l’univers. La thérapie communautaire se propose d’être un instrument du réchauffement et du renforcement des relations humaines, de la construction d’un réseau social, dans un monde toujours plus froid, individualiste, privatisé et conflictuel.

La communauté agit, là où la famille et les politiques sociales ont échoué. Nous affirmons que la solution est à l’intérieur du groupe et dans ses interactions, dans le partage, dans les identifications à l’autre dans le respect des différences. Les professionnels doivent faire partie de cette construction .Les deux y trouvent leur bénéfice ; la communauté en gérant autonomie et insertion sociale et les professionnels en se guérissant de leur autisme institutionnel et professionnel, ainsi que de leur aliénation universitaire.

2.    La  thérapie

La thérapie communautaire présente trois caractéristiques de base :
1.- Elle engendre la discussion et la réalisation d’un travail de santé mental, préventif et curatif, cherchant à engager tous les acteurs sociaux et culturels de la communauté : agents de santé, éducateurs, artistes, guérisseurs…
2.- Elle met l’accent sur le travail de groupe, en favorisant la formation de groupes de femmes, de jeunes, de personnes du troisième âge, pour qu’ensemble ils cherchent les solutions à leurs problèmes quotidiens et puissent fonctionner comme  bouclier, comme protection pour les plus fragiles, constituant un facteur d’intégration sociale.
3.- Elle permet la création progressive d’une conscience sociale, pour que les individus prennent conscience des origines et des implications sociales de la misère et de la souffrance humaine et surtout, pour qu’ils puissent découvrir leurs potentialités thérapeutiques transformatrices.

3.    Les  objectifs

La thérapie communautaire poursuit les objectifs suivants :
1.    Renforcer la dynamique interne de chaque individu, pour que celui-ci puisse découvrir ses valeurs, ses potentialités, puisse devenir plus autonome et moins dépendant.
2.    Renforcer l’estime de soi, individuelle et collective.
3.    Redécouvrir et renforcer la confiance en chaque individu, dans sa capacité à évoluer et à se développer comme personne.
4.    Valoriser le rôle de la famille et du réseau de relations qu’elle a établi dans son milieu.
5.    Réveiller en chaque personne, famille et groupe social, l’attachement et l’identification à leurs valeurs culturelles.
6.    Favoriser le développement communautaire, en prévenant et combattant les situations de désintégration sociale concernant des personnes ou des familles, en restaurant et renforçant les liens sociaux.
7.    Promouvoir et valoriser les institutions et pratiques traditionnelles qui sont porteuses de “savoir faire” et gardiennes de l’identité culturelle.
8.    Rendre possible la communication entre les différentes formes de “savoir populaire” et de “savoir scientifique”.
9.    Stimuler la participation comme élément essentiel pour dynamiser les relations sociales, en promouvant la conscientisation et en incitant le groupe, à travers le dialogue et la réflexion, à prendre des initiatives et à devenir l’agent de sa propre transformation.

4.  La  construction  des  toiles

La toile d’araignée est un symbole. Les Indiens Tremembé qui habitent le Nordeste brésilien dansent le “Torem”, une danse qui invoque, imite les animaux et livre leurs enseignements.
La danse de l’araignée livre le message suivant : l’araignée sans sa toile, c’est comme l’Indien sans sa terre. Ainsi pouvons-nous utiliser également cette métaphore : l’araignée sans sa toile, c’est comme un groupe sans ses liens.

Les thérapies communautaires sont semblables au travail de l’araignée ; elles tissent des toiles invisibles et cependant très fortes.
Ce type de travail thérapeutique devient une référence pour les exclus de la société, permet aux personnes sans espoir ou perdues de se retrouver, offre un espace d’expression pour ceux qui souffrent, devient un support et un appui permettant à beaucoup de se nourrir de ce qui s’est élaboré et échangé.

La thérapie communautaire (TC) restaure également les valeurs culturelles d’un groupe social et des liens sociaux et interpersonnels qui unissent, renforcent et font découvrir le sentiment d’appartenance à l’humanité.

La culture est comme une toile d’araignée invisible qui unit et intègre les individus. C’est pourquoi nous pouvons dire que la meilleure prévention revient à maintenir les liens d’une personne avec son univers culturel et relationnel, avec sa toile, car c’est à travers son identification aux valeurs culturelles de son groupe qu’elle se nourrit et construit son identité. La culture pour une personne est comme la toile pour l’araignée.

5.  Le  choix  du  thérapeute  (animateur)

Pour sélectionner les candidats, nous suggérons une conférence de sensibilisation ouverte au public pour présenter la Thérapie Communautaire, ses objectifs, ses références théoriques et le rôle du thérapeute communautaire.
Cette conférence permet de dissiper les doutes et de choisir celui qui désire faire la formation, évitant ainsi des désistements ultérieurs et des malentendus.
Nous suggérons de convier à cette occasion, les représentants des ONG, les leaders civils et religieux, les professionnels de la santé, du service social et de l’éducation.

L’étape du choix du thérapeute est très importante. La communauté doit s’appuyer sur quelques paramètres garantissant la réalisation d’un bon travail. S’il existe déjà une communauté organisée, consciente de l’intérêt de la TC, le choix du thérapeute devient plus facile.

Il est temps de présenter les critères qui doivent orienter le choix du thérapeute (animateur).

1.- Etre choisi par la communauté et avoir une connaissance du rôle de thérapeute communautaire. Le travail du thérapeute (animateur) doit être discuté avec les personnes de la communauté pour qu’elles puissent citer les noms des personnes correspondant au profil exigé. L’idéal serait de pouvoir organiser un vote ; en effet le processus démocratique consolide le rôle du thérapeute et garantit que l’élu est quelqu’un ayant le respect et la confiance de la communauté.

2.- Etre déjà engagé dans le travail communautaire, car l’expérience acquise comme animateur responsable de réunions sera très utile.

3.- Etre conscient que cette fonction ne s’accompagne pas d’une rémunération ; il s’agit donc d’un activité bénévole qui exige une disponibilité d’au moins trois heures par semaine, à moins que ce temps ne fasse partie d’un travail institutionnel, par exemple, agent de santé public (communautaire) ou autre fonction liée à un programme (comme le PSF, Programme de Santé Familial).

4.- Avoir l’esprit ouvert pour participer à un travail sur soi, émotionnel, physique et psychique. Il est en effet nécessaire de bien se connaître et d’accepter de remettre en question ses schémas de pensée pour permettre une évolution personnelle et professionnelle.

5.- Ne pas être adolescent, ni immature, ni psychorigide, bardé de certitudes.

6.- Ne pas être une personne avec des “situations-problèmes” mal résolues, qui risquent d’interférer dans l’animation du travail concernant la souffrance d’autrui. Toutefois, si la formation de thérapeute n’est pas là pour traiter des personnes ayant des problèmes sérieux, elle exige cependant un minimum d’équilibre émotionnel.

7.- Ne pas être une personne dans l’impossibilité de s’engager, car déjà impliquée dans nombre d’activités.

8.- Savoir que cette formation exige de se séparer de sa famille pendant 4 jours, puis à nouveau  4 jours l’année suivante.

9.- Connaître les diverses activités développées par la municipalité afin que la thérapie communautaire serve d’appui à ce qui existe déjà et ne fonctionne pas de façon isolée, coupée des autres actions.

10.- Etre disponible les deux heures hebdomadaires pour le temps des groupes et pouvoir en assurer la conduite.
Si l’animateur fait partie d’une institution, il est nécessaire qu’il puisse garantir l’engagement de son employeur qu’il sera libre au moment des TC et que ces actes seront pris en compte dans son planning.
Ces garanties sont indispensables ; elles préviennent les contretemps et les désistements par manque de réponse minimale aux exigences de la pratique des TC.

11.- Dans les endroits où il existe déjà la TC, proposer aux candidats de participer à trois réunions. Ils pourront ainsi mieux comprendre de quoi il s’agit, après avoir observé et s’être peut être identifiés à cette pratique.

12.- Réaliser une entrevue individuelle avec les candidats afin de mieux saisir leurs motivations pour entreprendre cette formation et bien analyser si ceux-ci remplissent les critères établis. Cet entretien permet de mieux garantir la permanence du groupe de formation en évitant des désistements.

On doit de plus choisir deux ou trois autres personnes de l’institution ou communauté pour constituer une équipe de coordination de la TC.
Il n’est pas exigé de diplômes antérieurs. Le plus important est que la personne choisie soit désireuse d’acquérir les connaissances lui permettant de participer au mieux au travail déjà développé dans la communauté.
La personne doit être au service de la dynamique du groupe et non l’inverse : mettre le groupe au service de sa dynamique personnelle, de son projet, vouloir s’épanouir tout seul, réaliser et entreprendre seul.
C’est là qu’on peut voir la différence entre un thérapeute communautaire et un leader d’un parti ou d’une corporation.

6.    Le  diplôme

Après la sélection, effectuée sur les critères mentionnés plus haut, les personnes choisies doivent se former. Il s’agit d’un enseignement du type formation professionnelle donnant un diplôme, avec 360 heures comprenant : 70 heures sur les données théoriques, 70 heures de vécus thérapeutiques à partir des séances de relaxation et de connaissance de soi et 140 heures consacrées à la pratique de TC, ce qui correspond à la conduite de 60 séances de “groupes de parole, d’écoute, de partage et de liens” comme thérapeute ou co-thérapeute, avec 80 h de supervision.

Cette formation se déroule en deux stages de 4 jours à douze mois d’intervalle. Il est préférable que les moments de formation soient résidentiels ; la vie de groupe est fondamentale pour cette formation.

Durant toute la formation, les futurs thérapeutes communautaires sont accompagnés par une équipe avec psychologues, psychiatres et éducateurs spécialisés.

Après le premier module, les participants doivent commencer à pratiquer en équipe de 2 ou 3 personnes. Jusqu’à la session suivante, chaque équipe doit avoir réalisé au moins une dizaine de séances et avoir assisté aux inter-supervisions proposées.

En fin de cursus, un certificat est attribué, à partir du moment où le participant a réalisé ce qui lui était demandé pendant les deux années.

7.    Les  thérapeutes  communautaires

7.1   Le profil du thérapeute communautaire

Le thérapeute doit être capable d’apporter aux pères et mères de famille un soulagement à leurs angoisses, à leurs frustrations, à leurs stress et souffrances.
Il doit être aussi capable de partager ses ressources et ses découvertes à travers l’échange d’expériences durant la TC.

Bien que la souffrance passe par le corps, il n’y a pas de douleurs seulement corporelles. Il y a des douleurs humaines liées à des drames, des difficultés qui réclament le support et l’appui de la communauté.
Les personnes qui vivent ces souffrances ne savent plus qui appeler. Il leur manque un espace d’écoute et de soutien. Elles ont autant besoin d’être aimées que de comprendre le comportement de leurs enfants, de leurs proches et de leurs voisins.

    Avant, il n’existait pas les menaces d’aujourd’hui, la violence urbaine et les drogues. Nos familles ont besoin de saisir le nouveau cadre social et ses influences qui modifie leur vie. Comment pourraient-ils comprendre sinon en réfléchissant et approfondissant leurs observations sur la réalité ?

    Si nous voulons transformer les groupes ou communautés d’exclus, pour qu’ils puissent s’intégrer, il faut les aider à découvrir leur valeur comme personne et les valeurs que la culture leur offre, celles mêmes qui les avaient détruits par la colonisation et qui continue sous d’autres formes. Nous devons les aider à faire ces découvertes ; nous avons à les aider à verbaliser leurs sensations, leurs émotions, pour qu’ils puissent les changer en pensées transformatrices.

    A partir de là, les exclus pourront être sujets de leur histoire et non plus victimes ou spectateurs.

    Pour mieux nous faire comprendre, prenons l’exemple de la parabole de l’évangile de la multiplication des pains :

Jésus arrivait sur les bords du lac de Galilée et après être monté sur la colline, il s’assit .Beaucoup de gens commencèrent à affluer vers lui, amenant boiteux, estropiés, aveugles, muets et beaucoup d’autres. Et ils s’installèrent à ses pieds. Jésus appela ses disciples et leur dit : « J’ai de la compassion pour ces gens ; voilà déjà trois jours qu’ils sont avec moi et ils n’ont rien à manger. Je ne veux pas les renvoyer à jeun : ils pourraient défaillir en chemin ». Les disciples lui dirent : « Où pourrons-nous trouver dans ce désert suffisamment de pains pour nourrir tous ces gens » ? Jésus leur dit : « Combien de pains avez-vous » ? Ils répondirent ; « Nous avons là cinq pains et deux poissons ». Ensuite il demanda aux gens de s’asseoir par terre : il prit les poissons et les pains, les partagea et les donna à ses disciples qui distribuèrent les morceaux à la foule. Tous mangèrent à leur faim et avec les restes, ils remplirent douze grands paniers. Cinq mille personnes furent ainsi restaurées sans compter les femmes et les enfants. Puis il prit congé de la foule et monta dans une barque pour rejoindre le territoire de Magadan.
                                    (Mt 15,29 -39)

La grande préoccupation des disciples était de se sentir incapables de résoudre la “situation-problème” qui se présentait à eux.
Jésus, cependant, leur demanda de croire en eux-mêmes et d’avoir confiance dans les ressources des personnes présentes dans la foule.

Quand chacun met en commun ce qu’il a, un épi de maïs, une tomate, un poisson, un peu de farine ou de tapioca, tous ont de quoi manger et il en reste encore beaucoup.
Le véritable miracle de la multiplication des pains se passe quand chacun met en commun sa contribution, même si ce n’est qu’une miette. Cet effort conjugué va produire plus que la somme des apports individuels.
Ceci défie la logique cartésienne selon laquelle 2+2 fait toujours 4. Dans ce cas, 2+2 donne 12. Et c’est là que se trouve le miracle de la transformation.

Le thérapeute communautaire doit croire en l’autre. Et comme disait Jésus, en une autre occasion : « Ta foi t’a sauvé ». Jésus-Christ fut celui qui est venu réveiller les capacités d’auto-guérison.

Le thérapeute communautaire est un instrument au service du développement de l’individu et du groupe ; il n’a pas besoin d’être savant, lettré ou très diplômé. Il n’a pas besoin pour aider les gens, de marcher avec des livres à la main ou de montrer qu’il est un intellectuel. Il lui suffit d’être une personne authentique et engagée.

Le thérapeute communautaire ne peut être celui qui voit un péché dans chaque faute ou la présence d’un esprit venu d’un autre monde mais bien quelqu’un qui décèle dans tout problème un appel, le signe d’un besoin, la marque d’une carence et une demande d’aide. Il doit posséder une sensibilité suffisamment fine pour chercher à comprendre l’autre.

Il est important que le thérapeute ait fait son apprentissage à l’école de la vie ; qu’il sache aimer son prochain, situer les problèmes exprimés, écouter l’autre avec patience et qu’il ne cherche pas à devenir la solution du problème de l’autre et à “s’auto-affirmer” comme tel.

7.2…Le rôle du thérapeute communautaire

Le thérapeute communautaire doit être bien conscient des objectifs de la thérapie et des limites de ses interventions pour ne pas sortir de sa fonction. La fonction de la thérapie communautaire n’est pas de résoudre le problème des personnes mais bien de susciter une dynamique, rendant possible le partage des expériences en créant un réseau de soutien pour ceux qui souffrent.

Le thérapeute ne doit pas prendre le rôle de spécialiste (psychologue, psychiatre), en faisant des interprétations ou analyses. Les spécialistes développent des compétences et savent gérer des traumas profonds et des maladies. Le thérapeute communautaire va travailler avec la souffrance des personnes, favoriser le partage et la construction d’un réseau de soutien.

Le thérapeute doit travailler avec la compétence des personnes, cherchant à travers leurs questions, à mettre en évidence le savoir produit par le vécu de l’autre. Il doit de plus, réveiller et valoriser le “savoir” issu de l’expérience et l’existence de chacun.

 Le thérapeute ne doit pas mettre en avant ses idées dans la thérapie mais susciter l’expression des idées propres au groupe, par exemple : « Qui a déjà vécu quelque chose comme ça et qu’avez-vous fait pour vous en sortir ? »
Le thérapeute doit provoquer les questions pour être comme “l’accoucheur qui facilite la naissance d’un enfant”, qui éveille la vie qui est en lui. Aider l’autre à naître, c’est le savoir capable de faire des choix, d’être libre pour continuer son chemin.

Par ses questions et sa qualité d’écoute, le thérapeute va aider la personne à clarifier ses questions et faire ses propres découvertes.

Le thérapeute communautaire doit agir comme un chef d’orchestre, en faisant en sorte que tous les musiciens utilisent bien leurs instruments. Il a besoin de savoir que la richesse du groupe n’est pas à l’extérieur mais bien en lui.

Le thérapeute doit susciter dans le groupe et les personnes, l’envie de tisser des liens qui procurent sécurité et sentiment d’appartenance.

La légitimité du thérapeute tient à son engagement vis-à-vis des autres, à sa capacité d’être attentif à la souffrance et au potentiel de la personne, de la famille et de la communauté.

 Le thérapeute doit créer et développer une dynamique interactive, marquée par la verbalisation et l’écoute, à travers les thèmes et les “mots-clés”. Il doit développer les liens affectifs entre les personnes et chercher à intervenir comme un communicateur, préoccupé de clarifier les messages et d’expliciter les “non-dits”.

Le thérapeute doit intervenir comme les autres et parler de ses sentiments. La thérapie est une occasion pour lui de grandir avec le groupe ; en effet tout processus éducatif est à double facette : nous enseignons et nous apprenons. Le thérapeute fait ainsi “un” avec le groupe et non “un” pour le groupe.

Il doit être convaincu qu’il existe une dynamique sociale dans laquelle il pense et affirme : « De même que chaque participant, je vais mettre ma compétence au service de cette dynamique. Je sais que ce qui est produit par le groupe tient à lui et non à moi. »

Il est important d’être motivé et actif. Souvent, la passivité du groupe est à l’image de celle du thérapeute.

Le rôle central du thérapeute consiste donc à favoriser la découverte des ressources individuelles et collectives et à mobiliser ce qui est possible en chacun, en évitant la recherche d’un consensus qui déclanche la lutte de pouvoir.

8.    L’intervention  thérapeutique

Nous pouvons donner un exemple d’intervention du thérapeute communautaire.
Lors d’une séance, une mère de famille prend la parole pour parler de ses insomnies. Elle indique qu’elle a cinq enfants et que son mari est mort. Le désespoir ne la laisse pas dormir. De plus, elle a peur de perdre son emploi, unique source de revenu pour nourrir sa famille. Elle a peur de devenir folle si elle ne retrouve pas le sommeil. Elle pense : « Qu’est-ce que je vais faire de ma vie, maintenant que j’ai perdu mon mari» ? puis ajoute : « Le médecin m’a donné un remède mais je lui ai tout de suite dit de ne pas me faire d’ordonnance car je n’aurai plus de quoi acheter la nourriture si j’achète les médicaments».  Et elle se met à pleurer.

A ce moment là, le thérapeute ou une autre personne propose de faire la chaîne ; tout le monde se donne la main et se met à chanter une chanson de Paulo Borges : « Blottis ta tête au creux de mon épaule et pleure / et raconte-moi tes chagrins. / Qui pleure sur mon épaule peut être sûr que je ne vais pas m’en aller / que je ne vais pas partir / puisque l’on m’aime… »

En même temps que les personnes travaillaient le contenu de la souffrance, cette chanson a permis de redonner une signification à sa douleur. Le message traduit le sentiment de ceux qui ont déjà traversé cette situation et permet de travailler sur le contenant humain, affectif représenté symboliquement par la ronde de solidarité réalisée en se donnant les mains.
Cela a été une façon réussie de consolider le groupe au moment où émergeaient de fortes émotions liées à ce qui se disait.

Quand on chante, on touche le cœur, on réveille la sensibilité, on crée un mouvement avec une énergie qui circule et on digère l’émotion. La musique crée un espace de méditation qui permet à l’individu de se mettre en contact avec lui-même et ses émotions. La musique favorise l’expression d’une émotion réprimée, ce qui permet au groupe d’écouter l’histoire douloureuse de l’autre.

La chaîne créée en se donnant les mains, les chansons et le mouvement de balancement représentent une dynamique solidaire de partage, qui donne confiance et soutien pour éliminer l’anxiété. Ainsi, le recours à la musique facilite la construction de la communauté.

Nous ne pouvons perdre de vue que le point de départ de la thérapie communautaire est de faire appel au savoir que chaque personne a en lui : l’héritage de l’Indien, de l’Africain, de l’Auvergnat ou le savoir tiré des expériences de la vie.
Nous faisons appel à ce savoir, produit du vécu personnel ou de l’héritage ancestral.

Le thérapeute demande alors au groupe : « Qui parmi vous a déjà vécu une situation pareille, et  qu’est-ce qu’il a fait pour la dépasser» ?  Celui-ci pourra entendre des réponses comme :


- « Ah ! je suis déjà passée par là, j’ai failli tomber malade, je m’en suis sortie grâce à une tisane de “capim santo”   (et la personne donne la recette pour la préparer).
- « Mon cas était terrible… je sais ce que c’est de ne pas fermer l’œil plusieurs nuits d’affilée. Pour moi, les tisanes n’ont servi à rien, ce sont les massages qui ont réglé mon problème. Je suis allée voir un masseur qui habite rue Santa Elisa. Il a des mains bénies ».
- «Je me suis guérie de mes insomnies par la prière ; c’est Jésus qui m’en a libérée. Depuis que je me suis vouée à Jésus, je dors comme un bébé ».
- « Moi, j’ai traité mes insomnies en fatiguant mon corps. Tous les jours, après mon ménage et le repassage, je vais faire une grande promenade et en revenant je prends une bonne douche. Maintenant le sommeil, c’est un régal ».


Et c’est ainsi que vont venir du groupe, des pistes, des idées, des solutions possibles. Une femme présente une demande spécifique concernant son insomnie, cherche un remède et repart avec de nombreuses possibilités.
L’histoire de cette dame permet à chacun de délivrer une parole sur sa propre douleur, sur sa souffrance et de faire circuler le produit du savoir élaboré tout au long de sa vie.

La personne qui réclamait un médicament au médecin, se comporte comme la plupart des présents : elle va en thérapie en quête d’un médicament, comme si seul le médecin était capable de trouver des solutions.
Dans la Thérapie Communautaire, c’est la communauté qui offre les diverses solutions alternatives de traitement. Cela n’empêche pas qu’à la fin de la séance, les personnes qui ont besoin d’une consultation spécialisée soient conseillées dans ce sens.

A mesure que la thérapie communautaire progresse, la situation proposée va être approfondie. Le problème ne sera plus considéré comme isolé, mais faisant partie d’un ensemble. Quelqu’un pourra avancer :

« Nous dormons mal dans la favela parce que nous manquons de sécurité, de lumière électrique »…

Alors que faisons-nous maintenant ?

La communauté doit s’organiser pour réclamer la lumière électrique, plus de sécurité et le pavage des ruelles.
La Thérapie Communautaire qui s’appuie sur l’approche systémique, cherche les solutions à l’intérieur même du groupe. Par conséquent, la Thérapie Communautaire permet l’établissement d’un dialogue, sans chercher à convaincre les personnes, mais uniquement à communiquer. Elle offre l’opportunité de faire des choix et de tisser des liens affectifs entre les personnes, liens qui renforcent la trajectoire identitaire de ses membres.
Il est donc nécessaire que le thérapeute soutienne le dynamisme interne du groupe, pour qu’il découvre ses valeurs, ses potentialités et devienne plus autonome et moins dépendant.

Le modèle que nous utilisons s’édifie sur la rencontre entre la tradition et la modernité. Dans la thérapie traditionnelle (populaire), le traitement passe par l’adhésion aux valeurs culturelles. Le processus de guérison n’implique pas la prescription de médicaments mais plutôt le renforcement des liens, pas nécessairement avec le groupe, mais avec les valeurs de sa propre culture. Toute société dispose de ses propres moyens thérapeutiques.

Quand nous parlons de guérison, nous voulons dire que guérir passe par le fait de susciter le sentiment d’adhésion aux valeurs culturelles. Ce n’est pas nous, thérapeutes, qui définissons ce qu’est une guérison, ni même qui est bien intégré dans son tissu social et culturel. Le traitement et la guérison recouvrent autant de réalités, que de sociétés, de cultures et de “sous-cultures”.

Le thérapeute communautaire est le catalyseur qui accélère, modère et orchestre le travail du groupe. Sa fonction consiste essentiellement à susciter des questionnements, à provoquer des discussions, à apporter des éclairages pour que le groupe développe sa vocation thérapeutique.

On considère surtout la thérapie communautaire dans sa dimension préventive, permettant à l’homme de la favela d’affronter la nouvelle réalité qui le menace.
C’est une “thérapie” qui le conduit à ne pas se laisser déposséder de sa culture et qui donc l’empêche de perdre sa propre identité, en l’aidant à se sentir membre d’une communauté qui a reconnu son besoin d’exister.

La Thérapie Communautaire est beaucoup plus centrée sur les liens que sur les lieux. C’est surtout le lien dynamique établi avec la terre, la religion, les systèmes symboliques et les voisins. En fuyant leur région d’origine du fait de la sécheresse et de la misère, les habitants des favelas ont perdu leurs racines, leurs relations et leurs références identitaires.
Avec la notion de lien, on définit une autre vision de la souffrance et du processus thérapeutique. La Thérapie Communautaire favorise la prise de conscience des implications humaines dans la genèse des crises et des conflits, afin que la communauté puisse se sentir impliquée et co-participante de ce qui se passe.

Dans la Thérapie Communautaire, la différence entre “thérapeutes” et “patients”, comme celle créée par la relation verticale au sein de l’institution, n’existe pas. Dans la Thérapie Communautaire, le pouvoir de parole est réparti et circule de manière horizontale, car personne ne paie personne et il n’y a pas de consultation.

Dans la Thérapie Communautaire, il s’institue un partage d’expériences de vie et de connaissances d’une façon circulaire et horizontale.
Chacun devient le thérapeute de lui-même, à partir de l’écoute des histoires de vie. Tout le monde est responsable de la recherche de solutions et du dépassement des défis du quotidien dans une ambiance chaleureuse.
La communauté devient un espace d’accueil et d’attention grâce à l’observation rigoureuse des règles : faire silence quand quelqu’un prend la parole, ne pas donner de conseils, ne pas juger, parler de soi toujours à la première personne (je), proposer chansons, poèmes, proverbes et histoires appropriées.

Cette proposition thérapeutique cherche à intervenir afin de créer les conditions de transformation d’un groupe humain impersonnel en une communauté dynamique, solidaire, où l’individu ne souffre plus des injonctions punitives ou discriminatives du groupe mais reçoit à l’inverse son soutien, son appui et sa force. Elle cherche aussi à augmenter la cohésion du groupe, pour qu’il serve de bouclier, de protection, d’appui émotionnel et permette d’apprécier, avec les pieds sur terre, les projections et introjections de chacun.
Le groupe de Thérapie Communautaire permet de reconstruire une nouvelle identité, sans perdre le sens de continuité de son histoire. L’individu est considéré comme une personne, participant à une communauté qui s’intéresse et s’occupe de lui. Ainsi, la communauté devient un bouclier, protection contre les menaces de fragmentation de la nouvelle société.

9.    L’importance  de  la  diversité

Il est bon que le thérapeute communautaire n’ait pas seulement une vision systémique de la société ; il doit encore, pour réussir dans son travail, comprendre que la diversité est une dimension très importante. Il doit défendre l’idée qu’ “être différent ne veut pas dire être malade” et pouvoir affirmer que dans la culture il n’existe pas de hiérarchie.
Tout individu a sa place et sa contribution à apporter ; il n’existe pas un centre du savoir, le savoir des Etats-Unis, le savoir de l’Europe ou de tout autre pays. L’animateur doit défendre que toute culture et toute personne a sa forme de connaissance, sa façon de faire et doit les valoriser.

Le thérapeute communautaire doit comprendre que toute culture,  tout savoir doit être reconnu comme il se doit. Seul un bon thérapeute arrive à animer avec la diversité sans chercher à la “coloniser”. Chacun est riche de ce dont l’autre est pauvre.

La Thérapie Communautaire, dans cette perspective, introduit des pensées positives sur la personne et sa relation au monde, en revitalisant sa capacité à réagir et à mobiliser les énergies vitales, en fonction d’une transformation intégrale (physique, mentale, émotionnelle, spirituelle et sociale), tant individuelle que collective.

Cette Ecologie de l’Esprit permet d’entendre la diversité d’expression de la culture brésilienne avec ses croyances et ses religions. La personne peut être catholique, umbandiste, athée, spirite, guérisseuse, peu importe. On ne doit instituer ni hiérarchie, ni exclusion. C’est dire à quel point l’animateur doit être ouvert.
Sa dénomination en dit déjà long sur les fonctions du thérapeute communautaire, personne ouverte à la communauté, accueillant toute différence comme digne d’être prise en considération. Considérer toute personne comme fils de Dieu et frère indépendamment de sa religion, de sa couleur, de sa race ou de sa classe sociale, fait partie du processus de développement.

Tout cela sera possible si le thérapeute a foi dans la communauté, croit dans son potentiel et sa capacité à résoudre ses difficultés et ses problèmes.

La conduite du thérapeute doit s’appuyer sur une éthique basée sur le respect de l’autre et l’importance d’une écoute qui permet à chacun d’expliciter ses motivations profondes, ses doutes et ses vérités.

La position d’animateur de la Thérapie Communautaire, l’empêche de condamner des attitudes contraires à ses valeurs personnelles. Les connaissances dont il dispose doivent servir au développement du groupe et non son pouvoir personnel. Il est important que ce qui nous réunit dans la Thérapie Communautaire soit le désir de trouver ensemble les solutions à nos problèmes, de consolider les liens interpersonnels, de réveiller la capacité thérapeutique du groupe et de la mobiliser dans la construction de la citoyenneté.

10.    Reconnaître  la  valeur  de  chaque  participant

Dans la Thérapie Communautaire où se rassemblent des personnes très différentes, le ciment des relations de groupe est la socialisation de l’information. L’individu qui se présente, quand il parle de sa souffrance, évoque ses fantasmes et exprime ses émotions, en même temps qu’il se libère de ce qui l’oppresse.
Cet individu permet au groupe de réfléchir sur les racines de la souffrance humaine et d’ébaucher des solutions pratiques, curatives et préventives. C’est pourquoi toute thérapie doit, au moment de la conclusion, connoter positivement ou remercier de sa contribution, la personne qui a eu le courage de parler de sa souffrance.

Il faut comprendre que dans les communautés de faible pouvoir d’achat, il est difficile de garder un secret sur ce qui se passe au quotidien dans une famille ou un groupe. C’est exactement quand une information est escamotée, maquillée, cachée, niée, qu’elle devient un ragot et donc une source de souffrance pour les personnes. L’information, détenue seulement par quelques personnes et utilisée pour dominer, imposer, dénigrer et détruire les familles, pour alimenter des intrigues, rend difficile le progrès collectif.

Quand une personne décide de parler de sa souffrance, de ses angoisses, elle n’exprime que partiellement sa plainte. Elle communique à travers ses larmes, sa voix brisée, son silence, la souffrance qui l’anéantit, la fragilité qui l’habite et la peur qui la domine.

De son côté, le groupe qui l’écoute finit par se faire l’écho de ce qu’il a entendu. Ceux qui se sont identifiés peuvent enfin parler de ce qui a résonné en eux en silence. L’écoute suscite le désir de solidarité, diffuse la compassion et ainsi les premiers pas d’une société solidaire s’esquissent.
A partir de ce moment, l’individu ne se sent plus seul. Déjà, il peut partager avec d’autres. Avec la connotation positive exprimée à la fin sur ce qu’il a dit, le thérapeute valorise la personne et son intervention.

Il est conseillé que déjà au moment de l’accueil, le thérapeute puisse rappeler au groupe que la TC est un espace pour se parler des préoccupations quotidiennes et de tout ce qui peut être discuté en groupe. Il peut rappeler qu’ici, personne n’est intéressé par les grands secrets ; chacun a les siens et celui qui en manque est bien pauvre.

En 21 années d’expérience, aucun thème discuté ne s’est transformé en ragot. Au contraire, le fait que les choses s’expriment, fait disparaître le climat de méfiance et d’intrigue qui régnait quand l’information était véhiculée sous la loi du secret et dans une ambiance délétère.

 Il est évident que certaines personnes préfèrent parler de leurs problèmes dans une relation duelle. Dans ce cas il est conseillé de les adresser à un psychologue ou psychothérapeute et leur demander de dire seulement ce que, sans gêne, elles peuvent exprimer dans le groupe.

11.    Les  modes  d’approches  thérapeutiques

Notre conduite est déterminée par notre perception. Et la perception du monde qui définit notre conduite explique nos attitudes et détermine une politique d’action.
Nous pouvons repérer deux lignes d’action, deux modèles qui organisent la pratique des soignants : le modèle “sauveur de l’humanité” et le modèle “co-participation”.

I.    Le modèle du “sauveur de l’humanité”

Ce modèle privilégie les manques, les difficultés, les carences et s’appuie sur un seul aspect de la tradition chrétienne et une phrase de la Bible qui dit :


« Et quand Dieu découvrit qu’Adam et Eve avaient goûté au fruit défendu, il les expulsa du Paradis ».


Tout le monde occidental est imprégné de cette vision qui privilégie ce qui ne marche pas, le négatif, les fautes, les erreurs.
Le mode d’éducation de nos enfants en est un exemple frappant. Quand un enfant agit correctement, il est rare que nous le félicitions. Par contre, nous le corrigeons chaque fois qu’il se trompe.
Un autre exemple est donné par les fondamentaux d’apprentissage des médecins et psychologues qui donnent des indications pour rechercher minutieusement ce qui ne va pas, ce qui dysfonctionne et qui, pratiquement, ne mettent jamais l’accent sur les atouts personnels et familiaux du patient.

De fait, nous souffrons de l’influence de l’héritage judéo-chrétien qui a marqué profondément notre inconscient, source de nos sensations et sentiments, par l’idée du péché originel et par l’expulsion du paradis céleste. L’humanité et l’individu ont conscience de leur existence par le péché et la punition.

Le Christ ressuscité et glorifié du Nouveau Testament, qui célèbre la victoire de la vie sur le péché et la mort, est le plus souvent éclipsé par le dieu de l’Ancien Testament.

Nous devons donc faire attention, dans la Thérapie Communautaire, à ne pas explorer les aspects négatifs, champ réservé aux spécialistes. La valorisation de tels aspects réveille en chacun les sentiments d’incapacité, de culpabilité et de grande insécurité.

Une fois insécurisé et culpabilisé, l’individu va chercher le secours d’une personne considérée comme spécialiste et tout-puissant pour le libérer de ce sentiment négatif, oubliant dans son trouble qu’il porte en lui ses propres solutions.


Dans la Thérapie Communautaire, il est nécessaire de rompre clairement avec le modèle valorisant le négatif, le manque, la faute, le péché, qui nourrit le rôle de “sauveur de l’humanité”. Il engendre la dépendance, du fait que la personne recherche toujours l’illuminé, le gourou, un docteur, bref un “sauveur de l’humanité” pour résoudre ses problèmes.

Beaucoup de gens cherchent à s’identifier à Jésus-Christ en l’imitant et finissent par croire qu’ils sont des “sauveurs de l’humanité”. Ce sacrifice a déjà été fait par Jésus. Il est mort pour nous donner la vie, une vie en abondance. Si nous désirons vraiment l’imiter, faisons-le en étant  solidaires, généreux, disponibles, en reconnaissant l’autre comme notre frère.

Les conséquences de ce type d’attitude privilégiant ce qui va mal, sont vraiment des entraves au développement et à l’autonomie humaine et communautaire.
Elles favorisent en chacun la tendance à vouloir être le sauveur de l’autre ; c’est ainsi que se multiplient les conseils, les sermons, les discours qui cherchent à changer l’autre, le mari, les enfants, le voisin. Il y a toujours ce désir de changer l’autre, même si on sait bien que personne ne change personne.

Dans cette perspective, il y a une concentration de l’information dans les mains des personnes considérées comme des illuminés, des sages et celle-ci entraîne l’illusion établissant une domination. C’est pourquoi ce type d’approche tend à faire comme si, de fait, ceux-là possédaient les réponses et les solutions aux problèmes des autres. La personne qui agit de la sorte finit par vivre elle-même dans l’illusion qu’elle a le pouvoir de commander les autres.
Le plus dramatique de cette vision négativiste est que la solution est considérée comme unique et extérieure, laissant les individus, la famille, la communauté dans une dépendance totale aux autres - politiques, religieux, scientistes - dans leur recherche pour résoudre leurs problèmes ou difficultés.
Si la réponse à notre problème dépend de quelqu’un d’autre, qu’est-ce que la personne, sa famille et la communauté peuvent faire ? Elle sera toujours “objet” mais jamais “sujet” de son histoire.

II.    Le modèle co-participatif de la Thérapie Communautaire

Ce modèle s’appuie sur la compétence des personnes.
Qui a des problèmes, possède aussi les solutions. Le fait que nous soyons tous vivants et que nous ayons traversé et dépassé les difficultés tout au long de notre vie, nous montre que nous possédons un important bagage d’expériences et de connaissances.

Chaque personne a une expérience de vie et doit être sollicitée pour se sentir co-responsable face aux souffrances des autres. Non comme un “sauveur de l’humanité” donnant des conseils mais comme quelqu’un qui partage sa douleur, ses difficultés, ses découvertes, de façon simple, quelqu’un qui ouvre son cœur et se sent solidaire à l’appel des autres.

Dans ce type d’approche, on sait que si quelqu’un vit aujourd’hui une dépression, une autre personne, peut-être, est déjà passée par une situation semblable et a vécu ce même type de souffrance. Elle peut donc parler de ses difficultés et surtout de comment elle les a dépassées.
Si quelqu’un n’a jamais vécu une chose pareille, il peut s’informer et ainsi être prévenu au cas où un jour il rencontrerait ce problème.

Agir de cette façon, favorise une circulation de l’information car chaque personne à quelque chose à dire sur le problème débattu et comment le dépasser, sur les découvertes qu’elle a faites.
Dans la Thérapie Communautaire, chacun est appelé à participer, parlant de son expérience sans chercher à se poser comme “sauveur”, sans chercher à être le “docteur” qui fait tout.

En permettant que les informations circulent, la Thérapie Communautaire rompt avec le modèle qui privilégie l’information concentrée dans une seule personne porteuse de solutions. La Thérapie Communautaire reconnaît les compétences individuelles en mettant en évidence que si le groupe a des problèmes, il a aussi ses propres solutions.
Dans ce cas, le thérapeute communautaire a juste pour fonction de susciter cette capacité thérapeutique qui émerge du groupe lui-même. 

Notre expérience de 21 ans, nous a permis d’être témoins du surgissement d’auto-solutions et d’auto-innovations. Dans ce sens, la Thérapie Communautaire devient un espace privilégié pour se réconforter et partager l’expérience et les connaissances  produites tout au long d’une vie de souffrances et de victoires.

En valorisant les expériences individuelles, nous reconnaissons la contribution de chaque personne et renforçons l’auto-estime de tous ceux qui partagent leurs compétences. Ces expériences permettent la prise de conscience qu’il y a en chacun une part du problème et une part de la solution.





          CHANGEMENT DE LUNETTES


         DE                                       VERS
       
sauveur de l’humanité                   solutions participatives
carences /déficiences                    compétences / potentiel
unique / centré sur un seul            communautaire
concentration de l’information        circulation de l’information
l’autre est un objet passif              l’autre est un partenaire actif
la solution vient d’ailleurs              les solutions viennent des familles
engendre la dépendance               suscite la co-responsabilité
méfiance envers l’autre                 foi dans les capacités de l’autre
clientélisme                                 citoyenneté

Commentaires


Votre commentaires :

Votre commentaire s'affichera après validation du titulaire du blog



Smileys: :);):'(:(:P8):O:$:D>:-(:S:-O